Voici les deux poèmes que j'avais écrits peu de temps avant leur mort en 1999.

Il était quelque part
Il était quelque part un chien qui m’attendait,
Dont je ne savais rien, qui ne me savait pas,
Et grandissait au loin, sous d’autres cieux, là-bas,
Dans la grande maison.
Maintenant qu’il est là, c’est l’ami et l’enfant,
Le reflet d’une plage aux mouvances d’écume,
Quand le reflux distend ses langues d’océan
Au soir, lorsque tout sombre.
Il est calme et docile, amène et pondéré,
Joyeux lorsque je ris et peiné de ma peine.
J’aime en lui cet écho d’un amour qui se donne,
Sans borne et sans mesure.
J’aime son œil profond, de bistre aréolé,
Dont la flamme châtaine ajoute à son regard
Cette étrange lueur qui scintille en reflet
Tout au fond de mon âme.
Le sable de sa robe à l’heure où la marée
Etend sa poudre d’or aux rais brûlants d’Hélios,
Son oreille en velours, si douce à la caresse,
Son ventre de satin.
C’est un torrent de joie éclatant de tendresse,
Un amour sans partage aux bonheurs partagés.
La fontaine du temps qui coule sur nos vies
Et rouille nos amours,
Emportant avec elle nos plus beaux souvenirs,
Ne ravagera pas l’être à jamais fidèle,
Au cœur inaltéré, joyau immaculé,
De mon chien, mon ami.
Marie Pierre ( Pour toi, H’Always, mon labrador, chien d’assistance )
Le départ
Tu n’as jamais failli, ton âme reste pure,
Ton cœur était serein et tu n’as pas compris
La séparation et cette déchirure
Et la mort qui viendrait embrumer ton esprit
Pourquoi faut-il quitter la vie en solitaire,
Pour au-delà trouver un monde sans liens ?
Quand tu déserteras cette vie éphémère
La mort te sera traître et tu n’en sauras rien.
Tu m’abandonneras, ayant clos tes paupières
Et seule je saurai ce regard innocent,
Qui brillait d’un or pur, éclatant de lumière :
Il me parlait d’amour, ton regard caressant.
Lorsque tu partiras pour d’autres lendemains,
Pour caresser encor ta soyeuse fourrure,
Au creux de ta toison, je glisserai ma main
Et tu ne sauras pas ma tendresse parjure.
Pour aborder en paix ce sinistre rivage,
Je serai près de toi et tu n’auras pas peur.
Je te regarderai, tu seras mon otage ;
Le sommeil te prendra sans haine ni rancœur.
Tu partiras si loin du monde terrien
Que je ne pourrai pas faire avec toi la route ;
Pourtant j’espèrerai que l’âme de nos chiens
Attende que la nôtre atteigne sans nul doute,
Par delà toute mort, une terre lointaine,
Que je ne connais pas, que j’espère pourtant,
Où l’homme et l’animal, vers l’amour souveraine,
Se rejoindraient enfin, bien au-delà du temps.
Marie Pierre
A ma première petite chienne, Sheba, qui vécut 17 ans et qui est morte il y a juste 10 ans.